Duel de cracheurs sous influences (90 à 120 min.)

2 chaînes de fabrication instables et complexes : encastrés à chaque bout, les performers 1 et 2 se concentrent sur une action unique. En périphérie, la présence imposante et fébrile de 2 lamas. La production du discours final a été délocalisée. Hasards, influences et pertes. Quelle quantité de salive pour l'emporter ?

Ce duel de cracheurs consiste, pour chacun des performers, à être le premier à avoir rempli son éprouvette de salive. Une fois pleine, elle fait basculer un levier (1 pour chaque cracheur) qui déclenche une série conséquences en cascade dans l'esprit de "Der Lauf der Dinge" de Fischli und Weiss. Une voiture miniature, en équilibre précaire sur une pile de livres, est déstabilisée par le choc du levier. Elle tombe dans le vide et s'écrase dans un nid de dominos dont la chaîne va s'emballer. Le domino final, coiffé d'une lame de rasoir, coupe un fil qui retient un poids. Ce poids tombe et percute la piste (pédale) d'un looper multipistes sur laquelle est enregistrée 1 discours sur le crachat. La production du discours aura été délocalisée (pour Tilt, nous avions demandé à 2 animateurs radio de produire une version chacun) et les artistes le découvrent  en même temps que le public.

Ce travail s'inscrit dans la suite de notre exploration du langage des fluides, de leur pouvoir de fascination et de répulsion. Avec CRASHé, nous privilégions la clarté d'une action simple et physique de longue durée. Par la répétition de mots ou d'actions et l'utilisation de systèmes générant du "hasard" (IWTSYB, Pom Pom Girl), nous cherchons à expérimenter le concept du "non sens" (défini par Deleuze).  Autrement dit, nous cherchons à questionner l'intentionnalité de l'action au centre de toute performance. Intensité de la présence animale, fragilité de l'agencement et des capacités physiologiques, et délocalisation du discours final constituent les éléments clés du dispositif de perte de contrôle de CRASHé. Un lama qui urine devant un public produit une action non planifiée dont l'intention est à priori étrangère voire "pure". De plus, l'inconfort olfactif et visuel des déjections animales questionne notre rapport au corps qui fuit et dont les fluides transgressent les limites. Salive humaine vs urine animale ? L'homme et l'animal sont-ils égaux face au dégoût qu'ils suscitent par leurs déjections ? Lamas vs performers ? A Tilt, les lamas ont crashé leurs sucs digestifs sur les œuvres d'arts accrochées au mur et notre dispositif n'a pas fonctionné comme prévu. Autant de "crashs" qui ont donné lieu à des actions spontanées dont le public a retenu toute la force. De manière conceptuelle et sommaire, la performance peut se définir comme un art débarrassé de toute forme de mise en scène, de représentation et de narration. Sur le terrain, la réalité est généralement plus hétéroclite. Pour sa part, CRASHé se veut comme une proposition bâtarde et dadaïste destinée à tous les publics; une action radicale sous influences; un acte de transgression pour le plaisir des sens et de l'intellect.

© Roberto Greco

© Roberto Greco

© Roberto Greco

© Roberto Greco

© Roberto Greco

© Roberto Greco

© Roberto Greco

© Roberto Greco

© Roberto Greco

© Roberto Greco

© Boris Hoogeveen

© Roberto Greco

© Boris Hoogeveen